Alain Delon, c’est un homme qui a pu tenir un certain nombre de propos mais qui a eu aussi un certain nombre d’actes, dans sa vie

L’acteur, qui doit recevoir dimanche une Palme d’or honneur, fait l’objet d’une polémique, accusé par une association américaine d’être raciste, sexiste et homophobe.

Connu pour ses films et ses stars venus du monde entier, le Festival de Cannes l’est aussi pour ses polémiques. Et la 72e édition débute tout juste ce mardi, que la Croisette est déjà le théâtre d’une controverse. En cause, la remise prochaine d’une Palme d’or d’honneur à Alain Delon.

Celui-ci fait l’objet de vives critiques en raison, entres autres, de propos « racistes, homophobes et misogynes » tenus dans le passé. L’acteur est ainsi visé par l’association Women and Hollywood, qui le dénonce dans une pétition qui recueille à cette heure près de 19.000 signatures.

« Alain Delon, c’est un homme qui a pu tenir un certain nombre de propos mais qui a eu aussi un certain nombre d’actes, dans sa vie », a commenté ce mardi matin sur France Inter le président du festival, Pierre Lescure. « Quand je vois que dans son panthéon, il y a René Clément, et puis il y a Luchino Visconti. Je ne pense pas que la relation d’Alain et l’admiration passionnelle qu’il a pour Luchino Visconti et son cinéma ait été altérée par le fait que Luchino Visconti était homosexuel.

« Quand je vois que Alain Delon a été le vrai producteur du film Monsieur Klein, qu’il est allé chercher Joseph Losey, qui était un homme plus qu’engagé à gauche et qu’ils ont joué ensemble ce film admirable, où Delon exprime un certain nombre de choses très fortes sur les choix politiques et de société, ça va au-delà de l’amitié un peu virile qu’il a pu avoir et afficher avec Jean-Marie Le Pen en son temps », a-t-il ajouté, espérant clore la polémique.

Rendre hommage à « un artiste » et son ambition

Invité sur notre antenne, l’auteur Olivier Rajchman a de son côté martelé qu’Alain Delon n’était ni raciste, ni homophobe, ni misogyne. « Il a peut-être tenu des propos qu’on peut qualifier comme choquants, mais c’est quelqu’un qui n’a jamais fait de films prônant le sexisme, le racisme, l’homophobie, bien au contraire ».

Séverine Servat-De Rugy, cheffe des actus au magazine Gala, reconnaît sur notre antenne quelques sorties « borderlines » du comédien, qui a « un peu dit tout et n’importe quoi ». Mais a dénoncé une tendance « moralisatrice », à l’ère de #MeToo.

« Est-ce qu’on doit, dans le cadre d’une personne qui est un artiste et un interprète, se préoccuper tant que ça de tout ce qu’il pense, peut-on scanner sa pensée, lui demander des comptes comme on le ferait auprès d’un intellectuel, d’un homme politique? », a-t-elle questionné, rappelant qu’Alain Delon n’avait jamais été condamné pour ses propos.

La journaliste a ajouté que l’hommage était avant tout rendu à un artiste. « C’est un monstre sacré, un interprète fantastique », a-t-elle ajouté.

« Est-ce qu’il mérite une palme? C’est quand même 30 ans d’ambition cinématographique depuis Plein Soleil en 1960 jusqu’à Nouvelle Vague de Godard en 1990. Ce n’est pas rien. C’est quelqu’un qui a toujours eu cette volonté de faire mieux », a conclu Olivier Rajchman.

Dans un communiqué transmis à Variety, le Festival de Cannes a indiqué que « cet hommage à Alain Delon a été décidé, car c’est un acteur légendaire et une part de l’histoire de Cannes, comme Clint Eastwood, Woody Allen et Agnès Varda. Après Jean-Paul Belmondo et Jean-Pierre Léaud, il semblait crucial de célébrer l’acteur iconique qu’est Alain Delon. »

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