Ce samedi 22 juin débute la trentième saison de Fort Boyard

Nous sommes le 7 juillet 1990. Pour la première fois, les téléspectateurs d’Antenne 2 (ça ne nous rajeunit pas) entendent un générique qui allait devenir culte : celui des Clés de Fort Boyard, le premier nom de l’émission.

Pendant quinze semaines consécutives, les Français découvrent cet édifice perdu au beau milieu de l’océan Atlantique, dans lequel des candidats tentent de décrocher des clés pour amasser de l’argent. Vingt-neuf ans plus tard, ce samedi 22 juin 2019, la trentième saison du jeu débute sur France 2.

Pourtant, la première saison de l’émission n’a pas forcément attiré les foules. Avec une moyenne de 4,5 millions de téléspectateurs, à une époque où le paysage télévisuel était bien moins concurrentiel qu’aujourd’hui, le pari n’était pas gagné d’avance. Quelles sont les raisons qui font que, 30 ans plus tard, Fort Boyard est devenue LA marque estivale de France 2, réunissant petits et grands le samedi soir devant le petit écran depuis des décennies ?

Des bases indéboulonnables

Rendez-vous compte… Il y a 29 ans, Passe-Partout courait déjà dans les couloirs du fort, le Père Fouras torturait l’esprit des candidats avec ses énigmes et les joueurs devaient récolter le plus grand nombre de boyards.

Ces éléments-là sont les clés de l’émission, qui repose sur des bases qu’on ne peut pas changer.

« Au-delà de cela, commente Olivier Minne, il y a les valeurs de solidarité ». Selon lui, le fait que les équipes de célébrités se battent pour décrocher de l’argent pour des associations est une valeur importante pour les téléspectateurs. « C’est une idée et une philosophie qui leur plaît beaucoup, et ce n’est pas négligeable de se dire que la vie sur Terre peut s’organiser aussi de cette façon-là », analyse l’animateur.

Certaines des épreuves, piliers de l’émission, sont là depuis le tout début ! Le tuyau transparent, la lutte dans la boue, autant de jeux déjà à l’antenne en 1990. « La mécanique est bien faite aussi parce qu’il y a toujours ce suspens à la fin, complète Yann le Gac, alias le Père Fouras. J’adore ce moment où les candidats lèvent les yeux vers le trésor pour savoir s’il va tomber, et à chaque fois, depuis 30 ans, il y a ce cri de joie quand il tombe. »

Une vraie madeleine de Proust

Comme l’expliquent les membres de l’équipe de Fort Boyard, une vraie magie s’opère auprès des téléspectateurs autour de ce programme. Tout le monde a un souvenir de l’émission, que ce soit 20 ans en arrière ou la saison dernière. « Les enfants et adolescents d’hier, parents ou grands-parents pour certains aujourd’hui, ont passé le flambeau en mettant leurs enfants devant le programme » témoigne Olivier Minne. Selon lui, les parents laissent leurs enfants regarder France 2 le samedi soir parce qu’ils savent que leurs bambins s’amuseront à se faire peur.

« Notre recette, c’est une incroyable créativité, beaucoup d’humour, un monde fantastique, un mélange de fiction et de réalité, et aussi un lieu féerique », détaille Alexia Laroche-Joubert, la productrice du programme. Autant d’éléments qui font appel à la nostalgie des grands, et à la curiosité des petits.

« Je pense que c’est une madeleine pour beaucoup de gens, explique Yann le Gac, aka le Père Fouras. Comme le format reste actuel, ils ont envie que leurs enfants retrouvent les mêmes sensations qu’eux. Ça leur rappelle leur enfance, et l’ambiance reste très sympathique ».

L’attrait de la nouveauté

Pourtant, Fort Boyard n’a pas toujours été un succès chaque été. Face à l’érosion des audiences à la fin des années 2000, la production décide de donner un coup de jeune (ou de jouer la carte de la nostalgie) à son programme en misant sur des équipes composées de candidats anonymes. En 2010, les célébrités deviennent donc personæ non gratæ sur le fort, et ce sont des inconnus qui s’emparent de l’édifice.

Toutefois, ce n’était visiblement pas la solution pour enrayer la chute du programme puisqu’avec 2,2 millions de téléspectateurs en moyenne, la version anonyme de Fort Boyard signe sa pire saison historique.

En 2011, les célébrités font donc leur retour et, petit à petit, le fort se modernise. Décor, épreuves interactives, le jeu se transforme. Bingo ! Fort Boyard s’offre un vrai lifting qui marche bien à l’antenne. « L’idée de mettre des portes de couleur et des thématiques sur les épreuves, ça redonne un coup de pinceau sur le fort qui s’est un peu transformé en fête foraine » applaudit le Père Fouras. La productrice Alexia Laroche-Joubert, quant à elle, souligne le fait qu’en s’adressant à un public jeune, le programme ne vieillit pas : « Les enfants ont aussi accès aux jeux vidéo, à Internet, aux films pour enfants… Donc il faut constamment renouveler l’aspect visuel et ils sont très en demande de se marrer. C’est pour cela que nous devons leur apporter beaucoup d’humour et de rythme ».

Le rythme, justement, a changé au fil des ans. C’est ce que nous explique Patrice Laffont, le premier animateur du programme. À l’époque, lui aussi avait un rôle différent de celui que tient Olivier Minne. Plus comédien, plus sombre, Patrice Laffont jouait le maître du fort et incarnait un personnage parmi les habitants du fort. Aujourd’hui, il peut observer les changements en tant que téléspectateur : « Au niveau du montage, c’est monté avec un rythme qui n’était pas celui de mon époque. Avant, ça traînait, on nous voyait beaucoup courir dans les coursives, alors que maintenant ils arrivent directement devant la porte de la cellule, commente-t-il. Ce n’est plus réalisé de la même façon, mais c’est bien parce que ça touche les mômes qui ont une vision de la télé et des jeux vidéo très différente de ce qu’elle était à mon époque ».
Un mélange de nouveautés et d’inconditionnels qui font de Fort Boyard l’une des marques les plus puissantes de la télévision française. Pour 30 ans encore ?

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